Comme poussent les pissenlits

« Le propre du confort. »

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Il ne s’agit pas du titre d’une œuvre portant sur l’obsession de l’hygiène au sein de la société occidentale, mais bien du nom d’un savon Dove pour hommes. Les gourous du marketing font preuve de génie, encore une fois, par leur synthèse de la modernité. En quoi ce slogan correspond-il à un concentré de la condition moderne? De quelle réalité sociale ces mots-clés témoignent-ils? Quel est le propre de la propreté en Occident?

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Alors que la volonté de se garder des souillures de l’âme dominait la conception occidentale d’autrefois, il semble qu’il y ait prédominance du désir de se préserver des souillures physiques aujourd’hui. On se lave tous les matins. On se lave les mains avant les repas, après s’être mouché, après être allé aux toilettes. On porte des gants pour jardiner, pour laver la vaisselle. Globalement, nous portons des gants pour éviter les salissures. Nous avons une phobie de la contamination. Que viennent faire les bactéries, les virus, les « microbes » dans notre conception du monde en tant qu’occidentaux? En fait, la contamination mène nécessairement à la maladie qui, elle, est synonyme de vieillesse. Qu’y a-t-il de péjoratif à la notion de vieillesse? Il s’agit de l’antithèse de la jeunesse qui, elle, symbolise la performance. Les jeunes ont l’énergie, la vigueur et la volonté nécessaire pour aller au bout de soi. Or, dans une société où l’individu est maître de son propre développement et de sa propre réussite, l’énergie, la vigueur et la volonté sont essentielles pour atteindre les objectifs que l’on se fixe. Nous ne voulons pas être contaminés puisque cela freinerait notre course vers la réussite. La phobie de la contamination découle de la phobie de l’échec.

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De surcroît, une certaine culpabilité est associée à la maladie, puisqu’au sein d’une social-démocratie capitaliste le malade est perçu comme étant un fardeau social. Le malade est effectivement dépendant des autres qui dépensent pour lui (impôts). Et la dépendance est le comble de la souillure dans un contexte où l’individu se doit de se construire, où l’individu aspire à la liberté et à l’autonomie.

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D’autre part, le souci de l’hygiène en Occident provient de la perception péjorative liée à la mauvaise odeur. À vrai dire, la bonne odeur symbolise l’aisance sociale. Qui dégage d’agréables effluves a le temps et l’argent nécessaires à l’entretien d’un tel parfum. Dans une société capitaliste, paraître nanti est évidemment valorisé. Autrement dit, la propreté est intrinsèquement liée à la notion de confort, ou au bien-être matériel et mental. Attardons-nous à l’aspect du « bien-être mental » découlant de la propreté. L’exclamation suivante semble être ancrée dans le discours populaire : « Je suis à bout! Je vais prendre un bain pour me sentir mieux. » Cela sous-entend que nous nous sentons psychologiquement rafraîchis lorsque nous nous lavons après une longue journée stressante ou exigeante. En somme, l’hygiène est associée au confort, qui correspond au bien-être physique et psychologique.

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Par ailleurs, derrière notre obsession collective de l’hygiène, l’on devine une volonté de consolider notre contrôle sur la nature. En tentant de camoufler nos odeurs pourtant naturelles et en évitant la contamination pour contrevenir au cycle naturel de la vie et de la mort dans l’espoir de performer davantage, nous nous détachons du naturel pour paraître « civilisés ». Nous clamons silencieusement notre supériorité sur l’environnement. Est-ce une manifestation de l’ethnocentrisme occidental? Est-ce un « Nous avons colonisé et assujetti le monde à l’Occident, colonisons et assujettissons maintenant la nature »? Est-ce un cri collectif, « Soyons maîtres de la Terre »? Dans une optique similaire, l’état de nature est associé au règne du désir et de la subjectivité. Il s’agit de l’envers du culte de la Raison (issu du siècle des Lumières) et du dogme scientifique d’objectivité.

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Alors que l’obsession de l’hygiène constitue une rupture entre l’humain et la nature, elle témoigne en outre d’une rupture entre l’humain et sa nature. La propreté met l’humain à distance de l’environnement et de son environnement. Par exemple, la stérilisation dans le domaine médical établit un espacement symbolique entre le patient et celui qui le soigne. La relation se voit réduite à une simple interaction professionnelle autour de la marchandise nommée « guérison », alors que le contact social a un effet positif sur la santé! Par conséquent, il y a absence d’intimité dans les relations avec autrui. Cet isolement de l’individu lui est néfaste en tant qu’animal social. Le fardeau de se construire angoisse déjà l’individu, les conséquences d’une guérison solitaire ne peuvent qu’être désastreuses!

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En définitive, l’obsession de la propreté est liée au capitalisme hégémonique dans la société occidentale, puisqu’elle incarne à la fois les notions de confort et de performance individuelle; l’hygiène est symbole d’une réussite sociale qui, elle, passe par la réussite individuelle. La phobie de la contamination traduit aussi une volonté de se détacher de l’état de nature. Un extérieur propre camoufle-t-il, à l’échelle sociale, un malaise profond? Est-ce un moyen de se purger, de se purifier ou de se punir de ne pas être à la hauteur de nos propres exigences?

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Annick Rouleau

28 septembre 2012

Lettre à la direction du Collège Lionel-Groulx

À la direction du Collège Lionel-Groulx,

Nous, étudiantEs du collège, nous adressons à vous dans l’espoir que vous entendrez ceux que vous considérez être vos « clientEs ». Fol espoir, nous le savons, puisque vous n’avez aucun respect pour ladite clientèle : d’abord, vous avez refusé le statut d’humains à l’ensemble de la population étudiante du Collège Lionel-Groulx en ayant recours au bras armé de l’État contre nous le 15 mai dernier. Vous nous avez collectivement dédaignéEs et considéréEs en tant qu’objets indignes de votre respect, en tant que simples barricades entre vous et la facilité d’un retour en classe conforme au décret de la Cour. En vous conformant au juridique, vous avez oublié ce que signifient « justice » et « judicieux ». Vous avez dédaigné notre droit collectif à la sécurité pour privilégier le droit à l’éducation tel que revendiqué par certains d’entre nous (les carrés verts). Vous avez délégitimé  notre démocratie étudiante. Vous avez laissé votre intégrité morale parmi les débris de nos idéaux, aux portes du collège. Depuis, vous nous coupez la parole en nous refusant le droit de porter une bannière accusatrice (« Je me souviens du 15 mai ») et en vous imposant dans notre liberté d’expression, puisque vous censurez notre journal étudiant (La Gifle). Bref, vous faites preuve d’un flagrant manque de respect en nous muselant.

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Sur le second versant du mépris dont vous faites preuve, vous achevez de neutraliser votre « clientèle » en nous noyant dans une logique d’économie du savoir : nous, les étudiantEs, devons produire et performer afin de compléter dix semaines de formation collégiale en six semaines. Effectivement, une rentrée dans le cadre de la loi 12 exige de régurgiter une série de connaissances à peine maîtrisées pour mieux passer à une frénétique production de travaux à la chaîne. Lorsque nous contestons votre décision de reprendre les cours du 4 septembre un samedi, puisque beaucoup d’entre nous travaillons les fin de semaines et parce que la session est suffisamment comprimée, vous répliquez que nous avions six mois pour étudier[1]. Votre silence approbateur par rapport à la loi 12 ainsi que votre décision de faire appel à la Sûreté du Québec le 15 mai démontrent clairement que vous n’avez que faire des intérêts ni même de la sécurité physique et psychologique des étudiantEs. Pourquoi, alors, occuper un poste à la direction du Collège Lionel-Groulx? Pour le salaire? Pour la notoriété? Pour le pouvoir?

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Cela dit, devant autant d’irrespect, pourquoi prenons-nous la peine de réclamer votre écoute? Parce que nous sommes suffisamment matures pour tenter de dialoguer lorsque nous étouffons. Quoi, nous étouffons? Oui. Nous étouffons sous le poids de cette session qui nous demande de vivre un taylorisme[2] de la connaissance. Nous étouffons pour nos professeurEs qui ont préféré subir des sanctions plutôt que de passivement regarder l’anti-émeute s’en prendre à leurs étudiantEs aux portes mêmes d’une institution se devant d’encourager l’épanouissement personnel, aux portes d’une institution se devant de défendre l’altérité. Nous étouffons devant votre obsession de maintenir « la loi et l’ordre » en imposant de grotesques mesures répressives. Nous étouffons devant votre absence de sens critique alors que vous dirigez l’institution de l’intellect.

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En ce qui concerne votre d’absence de discernement, les sanctions distribuées aux onze enseignantEs démontrent votre incompréhension du geste qu’ils ont posé. Nous, les étudiantEs, renversons donc les rôles afin de vous expliquer le raisonnement de ces enseignantEs. Ces derniers-ères ont formé une chaîne de solidarité pour défendre notre altérité et notre humanité, indépendamment de leurs allégeances politiques et des nôtres (rouge, vert, blanc, etc.). Ils et elles ont, loyalement, protégé les fondements de l’institution en offrant leurs corps et leurs voix au service de l’intégrité et de la vérité[3]. Leurs sanctions pour déloyauté n’ont pas lieu d’être[4]. Pour cette raison, nous nous levons à la défense de ceux et celles qui ont vu au-delà de leur profession et qui ont agi par le cœur, alors que vous agissiez en fonction de la raison instrumentale[5], en froid calcul du rapport coût-bénéfice. Nous parlons pour mettre un terme à cette loi du silence que vous nous imposez.

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En censurant les enseignantEs et étudiantEs, vous, la direction, êtes parvenus à gâcher l’institution scolaire dans sa mission fondamentale de développer le sens critique et de laisser s’épanouir l’altérité. Vous avez de surcroît échoué dans votre mission détournée de vendre une marchandise – l’éducation – puisque vous nous proposez une session à rabais où nous n’apprendrons que le strict minimum, alors que nous payons pour un service de qualité. Plutôt que d’affronter la réalité de votre déconfiture monumentale, vous cherchez à maintenir une « belle image »; vous distribuez des oranges du déni à la rentrée. Cette série de défaites institutionnelles nous amène à dénoncer la politique de censure mise de l’avant par le collège et à exiger le retrait immédiat des sanctions à l’égard de nos onze professeurEs-humanistes. En désespoir de cause, nous nous adressons à vous, la direction, en reprenant votre discours capitalisé : nous portons plainte au service à la clientèle du Collège Lionel-Groulx Inc.[6] Nous vous accusons d’abus de pouvoir par rapport à vos employéEs et vos clientEs. Nous vous reprochons la mise en marché d’un produit (éducatif) insatisfaisant. Nous sommes dégoûtéEs.

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Ont signé ce texte : Andréanne Amesse, Laurence Beaulieu-Larouche, Charles Bélanger-Cotnoir, Marjolaine Belisle-Richard, Emilie Binette, Emilie Boulay, Francis Chandonnet, Julien Day, Naomi Deschambault, Vincent Desrochers, Marc-Antoine Florant, Pascal Florant, Zoé Gélinas-Benoît, Nicolas Guindon, Camille Guindon-Grenon, Marie-Ève Groulx, Ugo Horel, Carl Lalonde-Haman, Vincent Larose, Laurence Lauzon, Catherine Lavoie, Marie-Lune Le Coz-Lafleur, Maxime Lépine, Matilde Lopes, Kimberly Pelletier-Girard, Félix Raymond, Jean-Sébastien Renaud, Simon Renaud, Claudia Robitaille, Annick Rouleau, Rémy Savard, Renaud Simard, Mathieu Soucy, Emilie Therrien, Étienne Thibeault, Stéphanie Turcot.

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[1]Comble de l’incohérence! La loi 12 nie l’existence de la grève, puisqu’elle exige de reprendre les cours où nous les avions arrêtés. Pourtant, vous invoquez la grève pour justifier le rythme furieux qu’exige la loi…

[2]Organisation scientifique du travail afin d’obtenir un rendement maximal au sein d’une entreprise.

[3]Voir la lettre ouverte signée par onze professeurs à la suite des injonctions du 15 mai : Collectif d’auteurs, « Violence à Lionel-Groulx : voici notre version », Le Devoir, 31 mai 2012.

[4]Explications plus détaillées dans le cadre de la pétition « Levée d’une mesure disciplinaire contre 11 enseignantes et enseignants du Collège Lionel-Groulx », au lien suivant : http://www.avaaz.org/fr/petition/Levee_dune_mesure_disciplinaire_contre_11_enseignantes_et_enseignants_du_College_LionelGroulx/

[5]Expression empruntée à Charles Taylor, dans Charles TAYLOR, Grandeur et misère de la modernité, Montréal, Bellarmin, 1992.

[6]Réappropriation de l’expression d’Éric Martin et de Maxime Ouellet, dans Éric MARTIN et Maxime OUELLET, Université Inc., Montréal, Lux Éditeur, Collection Lettres Libres, 2011, 156 p.

La collectivité au musée

Nous avons relégué l’identité collective au musée. Nous sommes parvenus, tant bien que mal, à comprimer et à réduire le catholicisme à l’état d’artéfact poussiéreux, désuet symbole du lien social. Ce qui était un absolu est maintenant considéré aliénant, symbole de soumission et d’ignorance collective; à l’heure actuelle, la confrontation à la foi d’autrui est de l’ordre de l’incompréhensible. Nous trouvons la religiosité pittoresque, voire mignonne. Si, presque sans remords, nous diminuons ce qui était autrefois totalisant, englobant, au centre de notre conception du monde; si nous refoulons et renions ce qui définissait le collectif pendant des siècles en plaçant le fait social sur une tablette de musée, digne au plus d’un vague ressentiment identitaire; quel espoir y a-t-il pour la collectivité?

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En effet, l’ « historique » mouvement étudiant de 2012 semble prêt à l’inscription sur la ligne du temps, à la description dans les livres d’histoire, à la transition de son état de « vécu collectif inscrit dans nos cœurs et nos jambes » à l’état d’artéfact. L’administration distribue des oranges du déni. Les enseignants et enseignantes, bâillonnés par la loi 12, évitent le sujet autant que possible. L’immensité de ce que nous avons vécu en tant que collectivité est-elle condamnée aux tablettes, aux murales, aux bouquins jaunis? Le « nous » passera-t-il bientôt au « eux »? Oubliera-t-on ce que c’est que de se lever et de se battre? Retournera-t-on dans le confort de la routine, du quotidien? Oubliera-t-on par le fait même que la force est dans le nombre, dans le collectif? Nous avons nié la force de cette « colle » collective qu’est le catholicisme; nierons-nous aussi la force de cette « colle » collective qu’est le consensus idéologique? Est-ce ce déni cyclique du rapport de force engendré par la collectivité qui fait en sorte qu’ « on perd et on perd » (Bourgault) constamment?

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Et pourtant, c’est le paradoxe de l’intellectuel, nous nous nourrissons d’espoir afin de poursuivre la lutte alors que l’histoire enlève sa légitimité à la notion d’espoir. L’idéal communiste n’a pas survécu à la soif du pouvoir de l’être humain, ni à la campagne de désinformation à son égard menée par les sociétés capitalistes; seuls les utopistes (autrement dit, les marginaux) prônent le communisme aujourd’hui. Les Québécois ont oublié ce que c’était que d’être un Canadien français sécurisé par sa terre, sa chapelle, son rapport à Dieu, sa paroisse; l’on ridiculise aujourd’hui cette conception du monde. L’humanité a tenté d’exterminer plusieurs communautés marginales (Juifs, tziganes, homosexuels) à Auschwitz. Le gouvernement québécois a ignoré, gazé, fait taire le mouvement de contestation des jeunes sans remords, sans excuses publiques, sans conscience même de l’illégitimité de ces gestes. L’histoire contemporaine marginalise ce qui a trait à la collectivité pour mieux la reléguer aux oubliettes. Marginalise-t-on la collectivité, consciemment ou inconsciemment, dans le but de légitimer l’atomisation du social? Afin que la collectivité soit considérée inoffensive et par peur du rapport de force auquel elle donne nécessairement lieu? Par crainte de l’éventualité que l’ordre établi ne soit renversé par les idéalistes-collectivistes?

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Qui sait, n’est-ce pas? Espérons, luttons, éveillons les consciences; l’échec n’est pas synonyme de l’échec et mat. « Ce n’est qu’un début, poursuivons le combat », parce que nous sommes un tout idéaliste, cohérent de par notre compatibilité idéologique, notre désir partagé de reconstruire le monde. Peut-être aurons-nous droit à une plaque commémorative dans un musée pour souligner notre courage collectif.

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Annick Rouleau

Extrait des Lettres

21 août 2012

Discours du 14 août

(À la demande de certains…)

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La loi 12 rend illégaux les moyens évidents d’appliquer la grève, sans l’interdire explicitement. Que faire de cette lutte qui est nôtre mais que l’on nous vole? La loi 12 ne nous interdit pas de boycotter, individuellement, nos cours. Plus la proportion d’étudiants boycottant leurs cours est élevée, moins il y a de risque que les « absents » ne soient pénalisés. Lionel-Groulx, souvenons-nous en et agissons.

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On a marché sous la pluie battante, sous la neige à -20°C, en pleine canicule. On a ri dans les manufestations, on a trouvé les manifs de casseroles pénibles, on a retenu notre souffle pour l’œil de Francis Grenier et on a pleuré pour celui de Maxence Valade, on a bondi devant l’injustice des arrestations de masse, on a envoyé chier les demi-vérités et les mensonges émis par les médias, on a respiré et vomi du gaz lacrymogène, on a pleuré en voyant nos camarades se faire matraquer abusivement par l’anti-émeute, on a bu pour noyer notre peine face au projet de loi 78. On a manqué de sommeil pour aller aux manifestations nocturnes ou à l’infinité de conseils de grève ou aux interminables AG. On a sangloté hystériquement devant les portes du cégep le 15 mai dernier alors que l’institution scolaire se faisait symboliquement violer. On a mis nos pieds et nos épaules et nos corps et nos âmes au service de la démocratie et de l’avenir des Québécois et Québécoises pendant six mois. Ce n’est pas le temps de laisser la démocratie et l’avenir se démerder seuls dans l’arène des hyènes à l’Assemblée nationale! Poursuivons la grève, poursuivons la lutte pour une éducation plus accessible et pour un monde plus juste.

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Disons « non » à ce gouvernement qui transforme les élections en un référendum sur la crise étudiante. Disons « non » à ce gouvernement qui se déresponsabilise en judiciarisant le conflit, alors que la crise stagne et tarde à se régler par sa fermeture idéologique avouée. Disons « non » à ce gouvernement qui coupe les ailes de la génération Y. Disons « non » à ce gouvernement qui délégitime la parole de ses citoyens, qui les dénigre en raison de leur âge. Disons « non » à ce gouvernement sourd d’oreille qui n’en fait qu’à sa tête.

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Disons « oui » à une éducation accessible aux humains, collectivement, plutôt qu’aux riches, individuellement. Et n’oublions pas que le fardeau de cette lutte repose sur nos épaules. Soyons responsables où le gouvernement est irresponsable. Agissons en fonction des intérêts de notre société à long terme où le gouvernement agit en fonction de ses propres intérêts à court terme. Soyons la génération du changement plutôt que la génération de l’atermoiement. Soyons la génération de l’espoir plutôt que la génération du fatalisme.

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Nous n’aurons pas grevé pendant six mois pour rentrer docilement à l’école parce qu’un gouvernement irresponsable nous impose une loi anticonstitutionnelle. Qui nous prendrait au sérieux, par la suite? Combien de temps faudrait-il grever pour que l’on nous écoute, si la grève générale illimitée de 2012 se terminait en échec? Joignons les coudes et inscrivons le printemps, l’été et l’automne érable dans l’histoire en tant que victoires. CE N’EST QU’UN DÉBUT, POURSUIVONS LE COMBAT!

À ceux qui n’ont pas compris nos larmes

Une assemblée générale s’est tenue au Collège Lionel-Groulx le mardi 14 août 2012, de 19h à 23h30. Au cours de la soirée, nous avons reconsidéré notre mandat de grève et une sortie de grève a été votée par 1250 des 1626 membres présents (77 %).

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À ceux qui ont ri ou nous ont méprisés lorsque nous, les étudiants en faveur d’une poursuite de la grève au Collège Lionel-Groulx, avons pleuré. À ceux qui ne savent pas ce que c’est de se donner en entier pour autrui, au nom d’idéaux, et qui ne voient pas pourquoi cet échec politique nous affecte autant. À ceux qui ne pensent qu’à la reprise de leurs cours, sans se soucier de notre réaction hystérique. À ceux qui n’ont pas compris qu’il n’y a pas que la sortie de grève qui démange nos corps et nos esprits exténués par la lutte. Pour tous ceux-là, je voudrais décortiquer la symbolique derrière la dernière assemblée générale de l’AGEECLG.

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Dans un premier temps, alors qu’ils idéalisent la démocratie directe, les militants ont été témoin d’une dénaturation de la démocratie, puisque la démocratie a été utilisée contre elle-même lors de l’assemblée générale. En effet, le débat permet de cogiter et de pousser une réflexion plus loin en la confrontant systématiquement à divers arguments. Cette approche est extrêmement profitable en groupe, puisqu’il est peu probable qu’un individu seul réfléchisse à tous les arguments et contre-arguments possibles. Or, à l’assemblée générale, les procédures visant à baliser la démocratie directe ont été utilisées pour couper dans le débat qui, lui, se trouve à la base du concept de démocratie sous toutes ses formes. Par exemple, la grève a été reconsidérée immédiatement, plutôt qu’en traitant de l’avis de motion se voulant de revenir sur notre mandat de grève à une AG future. Ces procédures stipulent effectivement qu’un avis de motion doit être déposé et traité dans le futur pour reconsidérer un mandat. Il est fort probable que beaucoup de gens ne se sont pas présentés à cette AG puisqu’elle se voulait d’être informative plutôt que de reconduire la grève; le fait de reconsidérer le mandat de grève le soir même, sans en avertir une large portion de la population étudiante, était malhonnête et a eu pour effet de censurer ces absents s’étant fiés, eux, aux procédures en place. Ensuite, le vote de grève a été placé à l’ordre du jour avant la mise à jour sur la situation et la plénière. Cela implique qu’une décision devait être prise sans avoir informé les gens correctement par rapport aux enjeux actuels et sans débat visant à élargir, concrétiser, redéfinir la réflexion politique derrière chaque position! De surcroît, la question préalable a été adoptée à maintes reprises après le minimum d’interventions sur un sujet donné, en coupant la parole à de longues files d’individus voulant se prononcer sur une question, donc sans réel débat de fond. Bref, le fait que des positions aient été adoptées sans débat et argumentation (ou presque) implique que les positions ont été prises dans la quasi-ignorance.

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En plus de rendre la démocratie antidémocratique, cette volonté d’en savoir le moins possible afin de voter plus vite pour retourner plus vite dans le confort du chez-soi constitue une attaque au cœur même de l’institution que nous défendons. Alors que l’institution scolaire se devrait de défendre le développement du sens critique et de la connaissance, le règne de l’économie du savoir dénature l’institution au point où elle se plie aux caprices du marché. L’école a dorénavant une mission de production de professionnels : c’est une machine à citoyens-automates qui deviendront des travailleurs-automates. L’institution scolaire est devenue l’école de l’aliénation plutôt que de la réflexion. Puisque l’AGEECLG s’est prononcée, collectivement, en faveur de l’ignorance plutôt que de l’intellect, du confort plutôt que de la connaissance, elle s’est soumise à l’économie du savoir. Nous avons vu, à Lionel-Groulx, la confirmation que le capitalisme est bel et bien ancré dans l’institution scolaire et, plus largement, dans la conception du monde des Québécois. Rappelons-le, le mouvement étudiant dénonce la marchandisation du savoir, l’économie du savoir, le capitalisme sur les bancs d’école. L’assemblée générale du Collège Lionel-Groulx a violemment confronté les militants au fait que la lutte pour un éveil populaire est loin d’être terminée, même au cœur de ce qui a été un vaste mouvement de conscientisation politique.

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Dans une autre optique, les militants ayant lutté pour des intérêts collectifs, en misant sur la force du nombre et la légitimité de la défense d’autrui, ont été confrontés à l’insensé lors de l’assemblée générale. En effet, au Collège Lionel-Groulx, les intérêts individuels ont eu l’appui du nombre, alors qu’un rapport de force se veut de défendre la collectivité (ou, du moins, pour ceux prônant le syndicalisme de combat). Insensé, dis-je, puisque la réalité s’oppose diamétralement à l’idéal.

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Le politique a confirmé les théories sociologiques de Jean-Jacques Simard par rapport à l’ébrèchement de la culture et par rapport à notre matrice culturelle, le capitalisme. Nous avons goûté à la désillusion : le symbolisme contraire à nos idéaux de société s’est ajouté à la douleur de l’échec. Nous affrontons nos craintes, nos amis, nos supérieurs, notre gouvernement, notre société depuis six mois avec une poignée d’idéaux en guise de bouclier. Nous sommes épuisés, moralement et physiquement. Nous n’abandonnerons toutefois pas la lutte.

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Annick Rouleau

SIMONE. La bombe que je veux poser est plus terrible que la plus terrible des bombes qui a explosé dans ce pays. […] Cette bombe ne peut exploser que dans un seul lieu. Dans la tête des gens. […] On va aller raconter des histoires. Tout ce qu’ils veulent nous faire oublier, on va l’inventer, le raconter! Ils seront obligés de nous arracher le visage!
AMÉ. Quel genre d’histoires?
SIMONE. La tienne, la mienne. Le silence de chacun.
Wajdi Mouawad, Littoral
Pour l’égalité

Pour ou contre le féminisme? C’est dénaturer le débat. À mes yeux, il n’y a pas de différence notable entre les filles et les garçons. La socialisation sexuée ne fait qu’amplifier l’écart entre les deux sexes, alors que cet écart est biologiquement, fondamentalement très maigre. De surcroît, l’apposition d’une étiquette favorisant directement l’un des deux sexes (les femmes) alors que l’on parle d’une quête d’égalité est illogique. Ainsi, plutôt que de prôner le féminisme, je prône l’égalité entre les êtres humains, peu importe l’étiquette sociale (homme ou femme) qu’on leur attribue. Je me considère donc humaniste.

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Pour ou contre l’homosexualité? Encore une fois et selon le même raisonnement, je considère que cette question dénature le débat. Je suis pour la sexualité lorsque tous les partis consentent : que ce soit seul, à deux, à dix, avec des menottes, debout, par en arrière, en diagonale, entre individus du même sexe ou de sexe différent, je me considère indigne de m’infiltrer dans la chambre à coucher des autres pour juger de leurs pratiques sexuelles. Le fait d’apposer des étiquettes à la sexualité – masturbation, orgie, sadomasochisme, sodomie, hétérosexualité, homosexualité, bisexualité, pédophilie – éloigne l’esprit du débat central. Ce débat central, plus profond, se résume en une phrase : « Respectez-vous, oui ou non, la liberté d’être des autres? » En appliquant ce questionnement à la sexualité, on oppose donc la sexualité entre partis consentants au viol symbolique ou physique. Le viol symbolique correspond à une dénaturation de la sexualité de l’autre en délégitimant son jugement, c’est-à-dire en présumant lui dire avec qui coucher ou comment. Il s’agit d’un viol de sa liberté d’être. Le viol physique, c’est d’imposer sa propre liberté sexuelle à un autre, sans son consentement. Les deux types de viol portent atteinte à l’intégrité mentale ou physique d’autrui. Les deux types de viol font preuve d’un manque flagrant de respect. Pour cette raison et en conclusion, je suis pour la liberté d’être; cette liberté d’être passe par le respect de la liberté d’être d’autrui et s’applique aisément à la sexualité.

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En remontant la chaîne sémantique ainsi, je conclus être pour le respect de la liberté d’être d’autrui. Je suis pour l’égalité entre individus et contre les rapports de force imposés d’une part par les individus jugeant les autres et d’autre part par l’apposition d’étiquettes dénaturant le débat.

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Annick Rouleau

Extrait des Lettres

9 août 2012

Ton coeur de secrets

Tes lèvres de bière

Peignent avec la palette

De tendresse de Klimt

Frisson, frisson

Tes bras de prisons

Prisons de liberté

J’y suis incarcérée

Frisson, frisson

Ta bouche de rugissement

Ta bouche trop grande

Tu vas m’aspirer le cœur

Frisson, frisson

Je ne comprends pas

Je ne comprends pas

Je ne comprends pas

Je ne comprends pas

Je ne comprends pas

Dis-le cent fois encore

Je n’ai pas compris

Je ne comprendrai pas

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N’angoisse et n’oublie pas

Ce rêve à la lune

Aux ombres de la lune

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Je connais un peu

Un tout petit peu

Un secret barbu.

Annick Rouleau

31 juillet 2012

La beauté, inconditionnellement

« C’est une occupation très jolie. C’est véritablement utile puisque c’est joli. »

Le Petit Prince, chapitre XIV

C’est ainsi que je me justifie de contempler les feuilles ou les fleurs ou les fourmis pendant des heures. Parce qu’il me semble que c’est important de connaître les détails du monde. De savoir que le ciel est plus bleu et plus près si on le regarde, découpé par un toit ou une autre construction humaine, ou par les arbres ou les montagnes. D’apprécier l’odeur d’un corps qui ne sent pas le savon ou le parfum ou la crème, donc qui sent à la fois propre et « sale » selon la conception occidentale obsessive de l’hygiène. De savoir que vos doigts sont un tout petit peu courts et potelés ou qu’environ six poils de votre barbe se sont égarés et se situent en plein milieu de votre joue droite. (J’étais assise à droite dans la voiture.) De s’interroger sur le mystère qu’est votre joue gauche. De connaître ce que c’est que la liberté de se promener nus pieds, de sentir l’asphalte ou le sable ou le gazon sous les talons; c’est marcher sans oublier que la matière existe, alors que l’esprit se perd parmi les nuages. De sentir le soleil brûler un seul côté du visage mais d’insister que tel élément est plus beau sous cet angle particulier, donc de ne pas ajuster sa position. De voir que le feuillage de tel arbre est l’écran reflétant les miroitements de l’eau de la piscine. De revivre dans ses pensées le bien-être des réveils dans les bras de l’autre, qui se collait en embrassant le bouton-à-frissons du cou. De se souvenir de tous ces détails insignifiants qui, pourtant, construisent l’unicité d’une forêt, d’un ciel, d’une joue, d’une identité.

Je réitère, si la vie n’est qu’un accident biologique, pourquoi la remplir de travail? Qu’y-a-t-il d’utile au travail? (Au sens d’emploi, pas de travail-manuel-ou-intellectuel-qui-satisfait-par-le-fait-qu’il-est-réussi.) Je déteste travailler pour gagner un salaire. C’est la pire des raisons pour travailler. Je me révolte contre cette fatalité qui fait en sorte qu’on ne peut s’alimenter ou s’abriter, survivre au sens propre sans argent. Même sans argent, nous trouverions une entité à posséder, à échanger, à troquer. Nous sommes esclaves de notre volonté de contrôler la nature, l’autre, soi en possédant. Comment pouvons-nous être libres si nous sommes incapables de nous détacher du matériel, de l’inanimé, du sol pour planer, voguer, créer, exister? Être conscient de cette soumission, de cet esclavage est un pas dans la direction de l’émancipation; n’en reste pas moins que je suis aliénée, que vous êtes aliéné, que presque tout le monde est aliéné parce que nous nous laissons dominer par ce cadre de référence. Je travaille, ou travaillerai, par sentiment que cela est nécessaire si je veux un jour m’envoler du domicile familial, même si je déteste ce raisonnement et cette obligation. Je voudrais refuser ce système, le néolibéralisme omniprésent et, derrière lui, la volonté de posséder de l’Homme; le système de l’éducation tel qu’il est construit; le système qui idolâtre le bonheur et cultive l’ignorance. Je voudrais lancer mes ovaires de lapin au bout de mes bras, me ressaisir et tout vivre en-dehors du système, en criminelle, en marginale accomplie, plutôt que d’être un pissenlit aux pétales verts. Je voudrais vomir ma lâcheté et ma paresse et m’instruire, véritablement, en déconstruisant ma socialisation primaire qui m’a dit que le fédéralisme allait de soi et que la philosophie ne valait rien. Je voudrais rédiger une recherche sans que l’on me dise comment prendre mes notes et où inscrire tel ou tel élément. Je voudrais tout simplement m’alimenter de connaissances et m’abreuver d’espoir. Je voudrais que la connaissance ne donne pas nécessairement lieu au désenchantement. Je voudrais regarder mes fleurs et mes feuilles en paix, sans que l’on me rappelle quotidiennement que je « devrais » faire ceci ou cela et, surtout, travailler. Bref, je voudrais me dégager de tout ce système normatif qu’est la société, m’y inscrire comme bon me semble plutôt que comme bon semble aux « autres » qui sont toujours des « autres », qui ne sont supposément jamais la personne qui parle mais qui en fait sont nous tous, les moutons du troupeau.

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Est-ce si fou, d’aspirer à la liberté, à l’amour, à l’existence sans exigences autres que celles imposées par soi? De croire que la beauté est omniprésente de par son abstraction, de la déceler dans la laideur, de la scruter, de la considérer essentielle, d’y vouer un culte inconditionnel, de la vouloir comme matrice culturelle plutôt que l’abstraction grotesque qu’est le capital? Je dis un culte inconditionnel, parce que l’absolutisme donne une direction à l’être et j’attribue ce rôle à la beauté. Or, la beauté est un absolu relatif, puisque l’absolu demande qu’une partie de soi demeure aveugle; en revanche, la beauté ouvre les yeux. Ce que l’on trouve laid, c’est ce dont on a peur : la mort, la marginalité, la maladie… Il faut donc vaincre la peur pour être disciple de la beauté inconditionnelle.

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Cette conception du monde, c’est l’essence du poète et de sa poésie. Peut-être serai-je prêtresse de la beauté plutôt que sociologue.

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Annick

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Extrait des Lettres

21 juillet 2012

Comme un « i » sans son point

incomplet

imparfait

impatient

idéaliste

indéfini

instable

isolé

Je voudrais arrêter d’écrire ma vie en italiques inégales

Je voudrais devenir un « i » majuscule

Imperméable

Indépendant

Invincible

Immunisé

Igné

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Annick Rouleau

16 juillet 2012